Quelques mots sur mon itinéraire...


J'ai été attiré très jeune par la beauté captivante de la nature, et par la vie sauvage si fascinante dans sa diversité. J'avais grandi dans un endroit isolé, une sorte d'île accrochée aux rives du Léman, ce lac lui-même serti comme une joyau entre Alpes et Jura. Bercé au gré des chapitres d'ouvrages tels que les récits du naturaliste Gerald Durrell que nous lisait en nous bordant notre mère, puis par des romans d'aventures se déroulant aux confins du monde que me rapportait mon père, je contemplais les allées et venues des oiseaux migrateurs, en m'imaginant un monde fabuleux au-delà de mon décor de montagnes. J'espérais pouvoir un jour m'envoler moi aussi vers d'autres horizons tout aussi sublimes. Seulement, cet endroit où j'ai grandi ressemblait peut-être un peu trop à un petit coin de paradis sur terre oublié pour que j'eusse une chance d'en réchapper indemne... L'art de la communication n'étant pas vraiment ma force, la photographie m'a servi de béquille, devenant tantôt une confidente dans mes moments de solitude, tantôt un merveilleux prétexte pour aller au-devant des autres. Mais la photographie est avant tout un outil fantastique pour exprimer sa sensibilité et pour partager émotions, découvertes et préoccupations, liées à un monde d'une fascinante beauté. Un monde toutefois fragile et dont un geste malencontreux de l'homme peut effacer des pages entières, pages qui ne pourront pas être réécrites. Ce monde, reçu en héritage, mérite d'être sauvegardé, ne serait-ce que pour le transmettre à nos enfants, et il mérite aussi d'être célébré avec amour et passion.

Vers l'âge de dix-neuf ans, j'avais finalement rendu à ma mère le Retina Reflex que je lui avais emprunté, et j'ai alors dévolu mes premières paies à l'achat du dernier reflex en vogue – un Nikkormat EL équipé d'un Novoflex de 400mm, bientôt suivi d'une caméra Beaulieu R16mm d'occasion, avec lesquels je crapahutais lourdement chargé dans les pentes valaisannes, sur la trace des bouquetins et des chamois. J'avais à l'époque les livres de René-Pierre Bille – un pionnier de la photographie animalière dans les Alpes, sur ma table de chevet. Plus tard, mon intérêt s'est déplacé, de cette faune sans cesse aux abois dans nos contrées à cause d'une prédation implacable, vers les paysages calmes et sereins, et vers des visions plus intimistes dont je m'efforce de saisir la quintessence sur du film grand format. En dehors des quelques cours de base, j'ai assimilé la photographie par la pratique et par le processus de réussites et d'erreurs. Je me suis largement inspiré dans mon développement du travail d'autres photographes – l'oeuvre de Shinzo Maeda découverte au début des années 90 a probablement été pour moi la plus didactique – et dans une moindre mesure, de celui de quelques peintres. Jadis avide de grands espaces intacts, j'avais espéré que la photographie me permettrait de parcourir le vaste monde. C'est en réalité un monde tout proche et constitué de parcelles de beauté qu'il faut découvrir un peu comme on aperçoit l'éclat des gemmes ou des pépites parmi les gravats d'une rivière, un monde néanmoins captivant et presque intérieur, qui s'est offert à mon objectif.





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