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PLAIDOYER POUR UNE HUMANITÉ RESPONSABLE


Oh non, pas encore un discours religieux! … A l'heure où l'urgence semble être à une réflexion pragmatique sur les moyens à mettre en œuvre pour préserver notre environnement et notre qualité de vie—ou tout simplement pour sauver notre planète et notre peau, qu'est-ce que des considérations d'ordre religieux pourraient encore nous apporter? Rassurez-vous, cette discussion voudrait sortir des sentiers battus de ce que l'on entend en général par religion. A mon avis, c'est justement ce pragmatisme de fourmis qui nous caractérise parfois qui nous a conduits dans l'impasse dans laquelle nous sommes. Un peu de religion fondamentale, dans le sens d'une quête de nos origines, pourrait peut-être nous aider à envisager la vie et notre avenir sous un angle différent, et serait en fait un réel espoir—à mon avis le seul, de pouvoir changer le cours des événements sur la planète!

On dit que face au péril, l'homme devient plus authentique. Peut-être serait-il temps en effet que nous cessions de nous reposer sur des idées préconçues, pour oser une distinction salutaire entre religion—toutes religions confondues, et connaissance fondamentale de l'homme et des principes divins qui nous gouvernent, que nous en soyons conscients ou pas. La plupart d'entre nous approuverions l'adage de Georges Clemenceau: "La guerre est une chose trop grave pour être confiée à des militaires". Nous avons bien compris que nous sommes seuls à être à-même d'apprécier la juste valeur d'une vie humaine, a fortiori celle de notre propre vie. Pourtant, dans le domaine religieux nous continuons à être les spectateurs de notre existence, en confiant notre sort et notre éternité à une intelligentsia, sans même—bien souvent, saisir la signification profonde de nos croyances, ni même chercher à éprouver leur validité. Nous mettons notre confiance dans l'appartenance à une religion, à une église ou tradition, comme si ces choses constituaient en elles-mêmes un sauf conduit pour le paradis. Mais, nos guides spirituels sont-ils vraiment à même de garantir notre passage vers notre destin éternel? La religion voudrait nous vendre sous la forme d'un certificat de baptême, un voyage qui de toute façon est offert à tous. Mais nous prépare-t'elle réellement pour ce qui vient ensuite? Il ne suffit pas, par exemple, de s'être procuré un diplôme pour être un chirurgien, ou un ministre. Ou alors, il faudrait que Dieu soit à l'image de certains potentats et qu'il use de favoritisme. On ne part pas non plus pour le Spitzberg en bermudas, pour ensuite improviser une traversée du pôle. Tous ceux qui partent pour une exploration lointaine cherchent d'abord à acquérir toute les connaissances à disposition avant de se rendre à leur destination. Ils se préparent et s'équipent, se familiarisent aussi avec la mentalité des habitants et leurs coutumes, de sorte qu'ils se retrouveront en terrain connu et parés à faire face à toutes les éventualités. Mais nous autres humains, nous vivons une vie de moutons, gardant les yeux rivés sur les prairies que nous broutons—nous broutons cette herbe avec d'autant plus d'avidité qu'elle se raréfie, et nous embarquons pour l'éternité comme nous irions à l'abattoir, comme si la mort était la fin logique de notre vie. Un des mensonges que notre ère scientifique a su nous faire avaler, c'est que notre être représenté par notre corps physique n'est qu'une illusion électro-chimique, et qu'avec la mort du cerveau toute forme de conscience s'arrête. Or nous savons grâce aux nombreux témoignages concordants de personnes ayant vécu une expérience de mort imminente, qu'il n'en est pas ainsi. Nous vivons malheureusement dans un monde où recherche de pouvoir, influence et profit, ont faussé la donne. Qu'il s'agisse de science, de religion, d'éducation ou encore de politique, nous ne devrions pas croire tout ce qu'on nous raconte sans l'avoir nous-mêmes éprouvé. Car ce n'est qu'en nous réappropriant notre identité métaphysique, que nous pourrons comprendre où sont les véritables enjeux du monde aujourd'hui, et devenir les acteurs responsables de notre propre vie et les architectes de l'humanité de demain.

Quelles relations Jésus a-t'il entretenu avec la religion? — Quel genre de sportif êtes-vous? Il y a comme vous le savez plusieurs façons d'appréhender le sport: Quelques-uns enfilent les souliers à crampons pour aller courir après le ballon, pendant que d'autres observent le match depuis les gradins ou derrière leur télévision. Jésus était le footballeur de terrain par excellence, et capitaine de son équipe! Pour lui, faire traverser le terrain à ses équipiers en esquivant les joueurs de la partie adverse était une seconde nature. Il avait le sport dans la peau, et il se déplaçait sur le terrain avec l'élégance qu'ont les Argentins lorsqu'ils dansent le tango. La façon qu'il avait d'anticiper les manœuvres de ses adversaires rendait ses offensives imparables. Jésus a été—dans le bon sens du terme, un magicien du ballon et le plus grand buteur de tous les temps! A tel point qu'il n'était pas très populaire parmi les supporters des équipes adverses, qui, verts de jalousie, n'en pouvaient plus d'être systématiquement remis au pied du mur. Pour tenter de se justifier, ceux-ci n'avaient de cesse de critiquer Jésus et sa façon de jouer, qu'ils qualifiaient de non conventionnelle et déloyale. Mais Jésus pratiquait son sport dans les règles de l'art, établissant simplement de nouveaux standards! Si bien qu'ils finirent par soudoyer les arbitres et par faire de fausses déclarations, pour tenter de le mettre en faute. Et puis, il y a une troisième approche du sport, un peu à la manière du journaliste sportif. Lui, c'est quelqu'un qui apprécie la beauté du geste. Il apprécie les forces en présence, les enjeux et les stratégies, et il relate ses impressions du match et des joueurs, mais sans être partisan. C'est un peu ma position à l'égard de la religion, pour laquelle je n'éprouve qu'un respect prudent. En fait, si j'en suis arrivé à m'intéresser à la religion, c'est parce qu'elle était là et qu'elle reste, malgré tout ce qu'on est en droit de lui reprocher, le point de contact privilégié entre Dieu et les hommes. Jésus, qui lui-même était spirituel mais pas du tout religieux, l'avait très bien compris. Il n'a pas fait fi des traditions, mais il s'en est servi. En partant de la signification que les hommes avaient attribuée aux gestes religieux, il a redéfini le sens des mots et des symboles. Il a parfois été un iconoclaste, et toujours un empêcheur de tourner en rond. Et s'il n'a pas craint de heurter la sensibilité de certaines personnes en disant les choses telles qu'elles sont, sans souscrire complaisamment aux acquis, c'était afin de ramener un courant de vie et de fraîcheur dans la mare d'eau croupissante qu'était devenue la religion. Nous avons parfois tendance à oublier que la politique est faite pour l'homme, et pas l'homme pour la politique. Si le monde de la politique ressemble à un panier de crabes, c'est à cause de cette inversion des valeurs. De même, nous oublions que la seule raison d'être de la religion est de guider les pas de l'homme, hors du marasme et de la confusion des valeurs de ce monde, vers une relation émancipatrice avec son Dieu et vers des valeurs éternelles, gages d'un bonheur plus parfait. Précisément, la passion de Jésus était pour cet homme, qu'il s'est efforcé de soustraire à l'emprise d'une religion qui finalement existait pour elle-même, n'étant pour l'homme qu'une forme supplémentaire de servitude, afin de le présenter à Dieu, ce Père d'amour en qui nous avons le mouvement et l'être, et qui pourtant nous reste largement inconnu. C'est de ce Jésus-là que je tente de m'inspirer, pour faire une sorte d'état des lieux de ce que sont les aspirations universelles et pourtant très souvent ignorées de l'homme, face au rouleau compresseur du conformisme dans notre société.

Métro Boulot Dodo
L'Aventurier de Dieu
L'Esprit des Pyramides
Leçons du Désert
Renoncer aux Rudiments du Monde
Vers l'Homme Nouveau
L'Héritage
  • A son Image
  • La Part Manquante (…si vous ne deviez en lire qu'une seule)
  • Douze pour Un
  • Le Royaume
Les Douze Tribus d'Israël



QUESTIONS DE PRINCIPES

Pourquoi devons-nous travailler? … A quoi bon avoir des rêves? … Comment rencontrer l'amour de sa vie? … Le bonheur, c'est quoi? … Qu'est-ce qu'on va devenir quand on sera vieux? … Où va le monde? … Et Dieu dans tout ça?


Autant de questions très légitimes! Le monde nous propose des réponses, qui semblent convenir à certains. D'autres réfléchissent plus avant, mais se retrouvent rapidement face à un dilemme. Alors, entre continuer à s'abrutir dans le matérialisme, ou se suicider moralement par un excès de lucidité, n'y aurait-t'il pas une autre option qui nous permettrait de vivre de manière consciente, digne, et néanmoins heureuse? Je crois que la réponse est oui! J'ai ouvert les yeux sur le monde voici cinquante-cinq ans, et depuis j'essaie encore de comprendre ce qui m'est arrivé! Au début le fruit semblait délicieux. Le projet de pouvoir bientôt parcourir le vaste monde en compagnie d'une personne chère à mon cœur était l'idée que je me faisais du paradis. Mais alors que je prenais mes premières bouchées d'une vie prometteuse, il s'est avéré que le fruit était véreux... La vie, un cadeau véreux? C'est ce que j'ai cru au début. Mais le ver, en fait, était dans l'homme, le ver était en moi. Il m'a fallu trouver le moyen de survivre aux différents coups durs du destin, et c'est alors que Dieu m'a fait croiser son chemin. Je dois bien admettre aujourd'hui que si je n'avais pas connu certaines épreuves, je serais sans doute resté bien au large de trésors qui maintenant, avec le recul du temps, s'avèrent être pour moi encore plus précieux que la vie elle-même! … Ce qui suit, ce sont quelques réflexions d'un homme simple sur le sens de la vie à la lumière de la Bible, à partir des épreuves qu'il a lui-même traversées. La première partie a trait à la façon dont Dieu nous prépare, pour que nous puissions ensuite recevoir certains cadeaux de la vie, qui sont évoqués en deuxième partie. Les expériences des autres profitent rarement, mais en les lisant elles nous élargissent l'esprit. Elles sauront se rappeler à nous le jour où nous en aurons besoin. Jésus a dit: Le royaume des cieux est semblable à du levain qu'une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, jusqu'à ce que la pâte soit toute levée». Mat 13:33. Puissent ces réflexions, très imparfaites, en susciter d'autres, plus abouties.





MÉTRO BOULOT DODO

Mon fils m'a montré un clip vidéo qu'il a réalisé récemment sur l'idée d'un de ses amis et avec sa complicité. Le thème Métro-Boulot-Dodo a certes été visité, mais j'ai été frappé, outre la réalisation parfaite, par la lucidité qui émane de cette séquence, et qui se traduit par une véritable souffrance pour ses deux protagonistes: un jeune couple, pris dans la tourmente de la vie moderne. Ce clip, comme une sorte de fenêtre ouverte sur leur vie, nous les montre habitant sous le même toit, mais vivant en fait des vies parallèles. Tous les jours à la même heure, ils se lèvent, avalent un café en écoutant le bulletin d'info, prennent le train pour aller passer la journée à leur bureau. Là, malmenés par leur hiérarchie, ils travaillent néanmoins d'arrache pied pour essayer de gravir les échelons. Et le soir, ils se retrouvent dans le même lit, avec rien à se dire sinon des banalités qu'aucun d'eux n'écoute plus de toute façon. Après avoir acheté une voiture, meublé leur appartement, payé leurs impôts, épuisé leurs espoirs d'avoir un ticket gagnant au loto, les voici confrontés à une dure réalité: celle d'être obligés, et ce jusqu'à leur retraite, de mener une existence aussi astreignante que vide de sens. Leur relation finit par se désintégrer et chacun part de son côté en espérant trouver meilleure fortune ailleurs. Le clip se termine sur cette citation de Saint-Exupéry en forme de prière: «Fais de ta vie un rêve, et d'un rêve, une réalité».

Des couples comme celui-ci, nous en connaissons tous. Ils semblent être le produit de notre société de consommation. Ils font les beaux jours des organismes de crédit, puis des bureaux d'avocats, et finalement ceux des psychiatres. Ce couple en proie à une crise d'identité, c'est moi et c'est peut-être vous. Mais existe t'il une alternative viable à cette vie préformatée que la société veut nous imposer? Si nous ne pouvons pas échapper à la nécessité de travailler, nous voudrions pouvoir en retirer un minimum de satisfaction et profiter du fruit de notre travail! Certains espèrent encore échapper à une vie sans rêves en partant sur les routes, sac au dos. D'autres font un emprunt et investissent toutes leurs économies dans un tas de pierres à restaurer quelque part dans un endroit perdu. Les premiers comprennent bientôt que, partout sur la planète, les hommes ont les mêmes préoccupations. Les seconds, démoralisés par leurs soucis financiers, finissent par retourner à un emploi fixe dont le salaire est garanti. Ainsi nos rêves de bonheur terrestre semblent illusoires, et à la façon des mirages, ils s’évanouissent lorsqu'on croit les avoir atteints.




L'AVENTURIER DE DIEU

Abraham—celui qui dans la Bible est surnommé l'ami de Dieu, et sa femme Sarah, ont décidé sur une intuition de tout quitter. Ils ont quitté leurs parents, leur maison, leur pays, laissant loin derrière eux leur petite vie citadine confortable, pour partir sur les routes à la poursuite de leurs rêves, à travers les déserts de l'actuelle Irak. Les voilà traversant des plaines arides, vivant sous la tente des maigres produits de leur petit bétail. Les années passent, sans toutefois qu'à l'horizon apparaissent les monts espérés et les prairies d'herbe grasse. Des solitudes désolées, voilà ce qu'ils ont en partage. Il fallait que ces deux-là s'entendent, pour supporter sans craquer ces années passées à parcourir les déserts de ce monde. D'autant qu'une autre promesse tarde à s'accomplir: celle d'un fils, d'un héritier que Dieu leur a promis. La grande roue du temps a tourné et ils sont maintenant devenus vieux. Sarah pourrait en vouloir à son vieux fou de mari de l'avoir entraînée dans cette vie, et Abraham pourrait se désespérer de sa femme qui semble être définitivement stérile. En fait, dépités et désespérés, ils le sont véritablement. Un soir pourtant, alors qu'Abraham est sorti de la tente pour prendre le frais, une voix familière se fait entendre dans son cœur: «Regarde vers le ciel, et compte les étoiles, si tu peux les compter. Et il lui dit: Telle sera ta postérité». Gen 15:5. Sur le moment, Abraham est rempli de bonheur et se sent tout ragaillardi! Pourtant, en retournant vers la tente où sa femme est couchée, il se dit: "Ah, quel vieil imbécile je fais! Je me berce encore et toujours d'illusions... Je devrais pourtant avoir compris, depuis le temps". Mais il se ressaisit, et plus tard il confie les paroles que Dieu lui a dites à Sarah. Sarah pense que cette fois, c'est plus qu'une insolation. Le vieil homme a vraiment perdu la raison. "Si seulement on était restés au pays... On aurait une belle maison et un bon train de vie, nos vieux jours seraient assurés. Au lieu d'être ici sous la tente à respirer la poussière du désert que ce vent qui rend fou dissémine partout..." Mais comme elle aime son mari et qu'elle est une femme pratique, elle se met à réfléchir. "Il doit bien exister un moyen de rendre ce vieil homme heureux!" Et cette solution, Sarah ne met pas longtemps à la découvrir. Elle fait coucher sa jeune servante avec son mari, elle devient enceinte et enfante le fils tant attendu: Ismaël. Dieu finira tout de même par accomplir la promesse qu'il avait faite à Abraham, mais en son temps et selon ses termes. Sarah, avancée en âge, enfantera elle-même Isaac, qui signifie rire. Seulement voilà: en ayant forcé la main du destin et obtenu par des moyens humains et détournés ce que Dieu leur avait promis, Abraham et Sarah se retrouvent maintenant avec un sérieux problème sur les bras. La suite, et la guerre sans merci que se livrent deux frères encore de nos jours, chacun la connaît. A travers les erreurs que dans leur impatience ils auront été poussés à commettre, Abraham et Sarah devront apprendre que c'est de la confiance réciproque entre l'homme et son Dieu que dépendent notre véritable bonheur et notre prospérité. Mais maintenant, Isaac, le fils de la promesse était là, et toutes leurs anciennes tristesses étaient sur le point de s'effacer! J'imagine la joie et le bonheur que ces deux vieux routards pouvaient éprouver en voyant l'enfant espiègle gambader autour des tentes! Pourtant, un jour Abraham sentit une ombre s'abattre sur lui, lorsque Dieu lui dit: «Offre-moi ton fils Isaac en sacrifice». Je ne peux qu'essayer d'imaginer la tristesse et l'angoisse de cet homme, serrant la petite main alors qu'ils cheminent ensemble vers le mont Morijah. Et l'enfant innocent, ignorant tout de ce qui l'attend. Ainsi, le fruit de toutes les attentes d'une vie allait être balayé, il allait devoir partir en fumée! Et comment pourrait-il ensuite annoncer la mort de leur rêve commun à Sarah? Mais alors que la main qui un instant plus tôt serrait encore celle de l'enfant, s'élève maintenant pour porter le coup, une autre main la retient. «Ne le fais pas! Je sais maintenant que tu m'aimes. Je me suis pourvu d'un agneau pour le sacrifice». Cet agneau, c'est le propre fils de Dieu, qu'il n'a pas hésité à sacrifier pour nous prouver son amour. J'imagine Dieu et Abraham tombant dans les bras l'un de l'autre, puis le père retrouvant son fils comme si celui-ci était mort et revenu à la vie! Abraham eut son baptême du feu ce jour-là, et Dieu vint ensuite régulièrement s'entretenir avec lui des projets qu'il avait l'intention de mettre à exécution. Abraham comprit que si Dieu lui accordait cette confiance en le plaçant dans ses confidences, c'était afin d'éveiller sa compassion et pour le responsabiliser. Au lieu de continuer à penser "insallah - advienne que pourra - c'est leur karma après tout", il s'interposa en prenant la défense des hommes, tentant de fléchir les décisions de Dieu lorsqu'une chose dramatique était sur le point d'arriver. Dieu aima cette disposition de coeur, et il considéra désormais Abraham comme son ami personnel. Plus tard, dans une descendance commune à Dieu et à Abraham, allait naître Jésus, l'intercesseur par excellence et notre avocat auprès de Dieu. Et c'est ainsi que Dieu fit d'Abraham, le père de tous les croyants.


L'ESPRIT DES PYRAMIDES

Les descendants d'Abraham et de Sarah, une famille de bergers nomades, confrontés à l'âpreté des conditions de vie dans une région semi-désertique causée par un El Niño, déjà à cette époque, trouvèrent refuge dans une grande ville d'Égypte où elle se mit au service du pharaon. Là, les fils de Jacob échangèrent leur liberté contre une certaine sécurité alimentaire, en devenant des bâtisseurs de pyramides. Que sont les pyramides et que représentent-elles? On pourrait sans doute leur trouver des descriptions plus flatteuses, mais en voici quelques-unes qui me conviennent: Construction élevée dont l'utilité est d'exacerber le nationalisme d'un peuple, afin de pouvoir le rallier à une cause. Esprit d'entreprise qui tend à supplanter les valeurs morales, familiales et religieuses. Méthode de management visant à obtenir un travail forcé par la mise en place abusive de hiérarchies. Modèle d'enrichissement fondé sur la spoliation de certaines couches sociales—ou d'autres nations, par une élite. Regroupement de nations, qui en s'imposant un modèle unique, veulent faire valoir leurs intérêts communs. Système de contrôle religieux fondé sur la notion d'obéissance, et qui dans une certaine mesure se substitue à la responsabilité individuelle. Eh oui, les pharaons se sont multipliés sur la terre, et certains ont maintenant leur jet privé.

Le travail est pourtant nécessaire, et il est en fait un véritable cadeau et un merveilleux outil pédagogique. «Dieu prit l'homme et le plaça dans le jardin pour le cultiver et le garder». Dieu lui-même est un travailleur infatigable, ou presque! Il a créé l'Univers en six jours—ou étapes, et le septième jour il s'est reposé de toute son œuvre. La question de travailler ne se pose pas, mais elle serait plutôt de savoir où trouver, entre travail, prospérité, vie de famille et développement personnel, un équilibre qui puisse nous apporter satisfaction et bonheur. Devons-nous réellement nous considérer comme des fourmis au service de la productivité de nos entreprises et de l'essor économique de notre pays? Combien sommes-nous qui ne demandions pas grand chose de la vie: juste un coin de toit pour abriter nos amours et un petit bout de jardin pour y planter une vigne, un figuier, et peut-être un olivier... Oscillant entre socialisme et libéralisme, notre société cherche encore un modèle qui puisse convenir à la fois à la masse des travailleurs et aux employeurs. L'esprit de compétition, attisé par la promesse de récompenses ou la menace de pénalités, semble être le fuel qui alimente le moteur constamment en sur-régime du monde moderne. Depuis notre plus tendre enfance, nous sommes exercés à être combatifs, à vouloir faire mieux que les autres si nous ne voulons pas être laissés pour compte. Être premier de classe, finir brillamment ses étude. Puis se jeter dans la mêlée, devenir des gagnants, arracher notre part du marché, écraser la concurrence, rester à la pointe, contrôler les coûts de production pour sortir des bénéfices: Ce sont là quelques-uns des mots d'ordre des dirigeants de sociétés, alléchés par la perspective de gratifications royales en rémunération aux dividendes juteux acquis pour leurs actionnaires, sur le dos des travailleurs. Si vous n'entrez pas dans cette logique, vous êtes un loser, ou alors un vendu à la concurrence. Ou peut-être un rêveur, une sorte d'extra-terrestre qui n'est pas à sa place dans la vraie vie. J'essaie d'imaginer la tête de Satan, lorsque Jésus l'a repoussé sans ménagement avec l'offre qu'il lui avait faite de le placer à la tête de sa multinationale! Mat 4:8

Il est nécessaire et il est normal de croître et d'apprendre, de prospérer. Mais la compétition conduit-elle au bonheur? Je ne le pense pas. Ayant comme tout un chacun été malmené dès le milieu scolaire, puis dans celui du travail et des affaires, je suis persuadé que la compétition n'est en réalité qu'un mode de survie et un état transitoire. Voulons-nous traverser l'existence en état de survie, sans cesse aux abois et dans l'angoisse d'être un jour évincé, remplacé, rendu inutile? Nous sommes, il est vrai, tous issus de spermatozoïdes qui ont lutté pour atteindre leur nirvâna embryonnaire, et nous avons pu ainsi échapper au néant. Mais sommes-nous toujours dans cette lutte sans merci pour la vie? Ne devrions-nous pas plutôt nous considérer maintenant comme des hommes faits, comme des êtres à part entière, appartenant à la vie, et revendiquer notre héritage pour jouir pleinement de ce que nous sommes par nature? Jésus l'a démontré en maintes circonstances: Il ne se considérait pas comme étant au service du monde, ou de la religion, ou même de ce que les hommes appellent "le bien", ce système de valeur calculé qui conduisit Judas à trahir Jésus, Pilate à l'abandonner à son sort et les prêtres à le faire crucifier. Il a refusé d'être accaparé, utilisé, instrumentalisé. Pourtant il ne s'appartenait pas à lui-même et sa vie était offerte à tous, sans distinction. Jésus appartenait tout simplement à la Vie, et de ce fait la Vie prenait soin de lui, subvenant à ses besoins de manière providentielle, lui permettant de répondre à son tour aux besoins des nécessiteux qui l'approchaient. Jésus a tenté de nous faire envisager qu'il existe un autre chemin vers le bonheur et vers l'accomplissement que celui qui nous est proposé par le monde. A ses disciples qui discutaient entre eux pour savoir lequel était le plus grand, il a dit: «Vous savez que ceux qu'on regarde comme les chefs des nations les tyrannisent, et que les grands les dominent. Il n'en est pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur; et quiconque veut être le premier parmi vous, qu'il soit l'esclave de tous. Car le Fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs.» Marc 10:42-54. Et à ceux pour qui la quête des moyens de subsistance représentait une préoccupation continuelle, il a dit ces mots qui constituent l'une de ses tirades les plus fameuses: «Nul ne peut être en même temps au service de deux maîtres, car ou bien il détestera l'un et aimera l'autre, ou bien il sera dévoué au premier et méprisera le second. Vous ne pouvez pas servir en même temps Dieu et l'Argent. C'est pourquoi je vous dis: ne vous inquiétez pas en vous demandant: «Qu'allons-nous manger ou boire? Avec quoi allons-nous nous habiller?» La vie ne vaut-elle pas bien plus que la nourriture? Et le corps ne vaut-il pas bien plus que les habits? Voyez ces oiseaux qui volent dans les airs, ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n'amassent pas de provisions dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. N'avez-vous pas bien plus de valeur qu'eux? D'ailleurs, qui de vous peut, à force d'inquiétude, prolonger son existence, ne serait-ce que de quelques instants? Quant aux vêtements, pourquoi vous inquiéter à leur sujet? Observez les lis sauvages! Ils poussent sans se fatiguer à tisser des vêtements. Pourtant, je vous l'assure, le roi Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n'a jamais été aussi bien vêtu que l'un d'eux! Si Dieu habille avec tant d'élégance la petite plante des champs qui est là aujourd'hui et qui demain sera jetée au feu, à plus forte raison ne vous vêtira-t-il pas vous-mêmes? Ah, votre foi est encore bien petite! Ne vous inquiétez donc pas et ne dites pas: «Que mangerons-nous?» ou: «Que boirons-nous? Avec quoi nous habillerons-nous?» Toutes ces choses, les païens s'en préoccupent sans cesse. Mais votre Père, qui est aux cieux, sait que vous en avez besoin. Faites donc du règne de Dieu et de ce qui est juste à ses yeux votre préoccupation première, et toutes ces choses vous seront données en plus. Ne vous inquiétez pas pour le lendemain; le lendemain se souciera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine.» Matthieu 6:24-34.

Jésus ne nous invite pas à cesser de travailler et à vivre de l'air du temps, d'amour et d'eau fraîche! Ce serait trop facile. Mais je crois que Jésus nous propose dans ces mots, de cesser de ramer individuellement et à contre-courant, et d'aller avec les autres dans le sens de la vie! Il nous suggère de renoncer à notre indépendance égocentrique pour prendre conscience d'une Providence. Cette Providence n'est pas le service social de Dieu, mais elle est le style de vie que Dieu avait conçu pour nous à l'origine des temps—souvenez-vous: avant qu'Adam et Eve ne ressentent ces sentiments de nudité, de solitude et d'infériorité après avoir perdu leur relation à Dieu par leur faute, sentiments qui allait les conduire—entre autres, à manger désormais un pain acquis à la sueur de leur front et au prix de bien des déboires. Et avant que Caïn ne tue son frère Abel, par jalousie, et qu'il ne tente ensuite d'oublier son sentiment de culpabilité en se jetant corps et âme dans une activité débordante. Caïn se sentant désormais lui-même en péril face aux autres êtres humains, il allait devoir dépenser une immense énergie, simplement pour s'élever au dessus des autres en s'entourant de toutes sortes de fausses sécurités.

Ce petit peuple issu de la famille de Jacob parvint néanmoins à se multiplier dans le contexte de travail forcé de l'Egypte des Pharaons. Au bout de quatre cents ans, les Israélites étaient devenus assez nombreux pour se sentir en position d'exprimer leurs revendications. Moïse, qui avait grandi à la cour du Pharaon mais qui était las de culpabiliser en voyant ses frères de race accablés de travail lorsqu'il se baladait à travers les rues de la ville dans son char de sport, s'improvisa comme leur leader syndical. Toutefois, ses interventions ne furent guère appréciées par un patronat qui réagit en durcissant encore les conditions de travail, afin d'ôter aux ouvriers toute velléité de revendication. "Donnez-leur plus de travail et moins de temps libre, afin qu’ils arrêtent de penser à leur 'destinée', disait le pharaon". Après avoir en dernier recours tenté de saccager un chantier de construction de pyramide, ce qui se solda par la mort d'un contre-maître égyptien, Moïse, désavoué même par les siens, dut s'enfuir et prendre le maquis pour échapper à des poursuites judiciaires. Il resta quarante ans dans le désert, non pour y organiser une résistance, mais pour tenter, en élevant quelques moutons auprès de leur bergère, d'oublier sa piteuse intervention et ses vaines colères. Durant ces années, j'imagine que Moïse, isolé dans cette nature, put se défaire de la culture de l'opportunité et de l'urgence qui sans doute déjà à cette époque prévalait, et qu'il se mit à réfléchir au sens de la vie et aux vraies valeurs. En tout cas, Dieu constata qu'il avait changé. Si bien qu'un jour, Dieu vint dire à Moïse: «Lève-toi et prends ton bâton, car j'ai une mission pour toi. Tu vas faire sortir mon peuple d'Égypte». Moïse feignit de n'avoir rien entendu. Tout cela lui rappelait de bien mauvais souvenirs, des souvenirs obsédants qu'il commençait tout juste à oublier. D'autant que maintenant, il ne s'agissait plus simplement d'obtenir de meilleures conditions de travail pour les siens, mais il devait obtenir du pharaon de pouvoir débaucher tous ses ouvriers! Sachant que cela allait paralyser les chantiers et toute l'économie du pays, Moïse se doutait bien que ça n'irait pas sans de sacrées bagarres! Alors Moïse, tout en sachant à qui il s'adressait, n'a pas craint de refuser poliment la mission. «Écoute, Dieu: trouve-toi un jeune syndicaliste combatif et fort en gueule, moi je ne peux plus. Je suis trop vieux et je n'ai plus envie de me battre, surtout après avoir vu ce à quoi mes luttes ont servi. Mes forces sont maintenant parties, mes pensées sont embrouillées et les mots ne viennent plus. En un mot, je n'ai plus le feu sacré. Tout ce que je désire, c'est pouvoir finir mes jours paisiblement aux côtés de ma femme, en gardant mes moutons et mes chèvres dans ce coin de désert auquel je me suis maintenant habitué». Ce que Moïse ignore, c'est que les faiblesses qu'il avance comme des excuses, ce sont précisément les qualités qui font que Dieu l'a choisi pour cette nouvelle mission. Il fallait à Dieu «l'homme le plus doux de la terre», pour accomplir un projet d'une si grande envergure et nécessitant une démonstration de puissance surnaturelle sans précédent. Moïse finira tout de même par se laisser convaincre, et Dieu étendra son bras sur l'Égypte en opérant de grands prodiges. Le Pharaon accablé sera obligé de laisser partir le peuple de Dieu, afin que celui-ci puisse se rendre dans le désert, pour y offrir des sacrifices.


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